Nancy on the Medium in Dance

Si je reviens par ce chemin au bord de la question propre de la danse, je serai porté à dire que le propre de cet art est de produire son sens en retrain de tout médium et par là  d’effacer le plus possible l’effet de signification que produit un médium. Ce dernier, en effet, comme son nom l’indique, opère une médiation, un renvoi vers un autre ordre. La peinture (au sens de pigment ou de pâte), le crayon, l’instrument (fût-il la voix), la pierre, la capture photographique ou cinématographique des événements lumineux, etc., semblent d’abord nous proposer un moyen pur une fin qui serait le dégagement de quelque signification (expression, présentation, comme on voudra).

alliterations

An image from Allitérations. The im-mediate?

Mais lorsque ce moyen est le corps propre de l’artiste […] on est d’emblée porté au moins à soupçonner un autre configuration. Le moyen et la fin se rapprochent, voire se recouvrent. C’est aussi pourquoi la danse est un art que son spectateur ne regarde pas seulement, ni même surtout: son regard se fait geste intérieur, tension discrète de ses propres muscles, mouvement inchoatif. D’où, sans doute, le fait que la vision d’un danseur (d’une danseuse), out d’un(e) acrobate, ait été un exemple fréquent de ce que l’on cherchait à mettre en évidence sous le nom d’empathie. Mais de là, peut-être, aussi […] le fait que le danseur (la danseuse) soit un(e) artist particulièrement “autoréférencié(e),” si je peux le dire ainsi. Je veux dire ni narcissique, ni autistique, ni égocentrique, mais dans un rapport immédiat à soi: im-médiat, sans médiation par un médium et pourtant pas non plus simplement immanent au sens strict du terme (comme l’eau dans l’eau…), mais se prenant comme médium de soi.

Ce qui, d’ailleurs, aussitôt me ramène, sans que je l’aie vu venir, au plus près de l’exercice de la pensée… Du même coup, se lève une question ou un thème décisif: comment l’être en rapport à soi est aussi bien entièrement tourné vers le dehors, car il ne cultive pas un “soi” donné, il interroge un “soi,” une “ipséité” qui précisément n’est jamais donné…

– Jean-Luc Nancy in correspondence with Mathilde Monnier in Alliterations: conversations sur la danse (2005), p. 29-30

Vers Mathilde, Claire Denis (2004)

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